Depuis avril 2008, j'invite des personnes à converser avec moi dans cet espace que j'ai appelé tchatchhh. J'invite des personnes - que je connais ou pas - à faire l'expérience d'une conversation distanciée sans jamais savoir par avance quelle en sera la teneur. Je laisse à mon invité(e) le soin de formuler le premier mot avec le matériau de son choix. Ni lui ni moi ne savons ce qu'il advient par la suite car la conversation s'écrit au présent et se déplace en cours de route en fonction des échanges.
tchatchhh n'est pas un blog mais un espace pour la conversation qui utilise le dispositif du blog. C'est pourquoi tchatchhh est mouvant et son usage n'est pas celui qu'on attend. tchatchhh s'écrit comme se prononce et laisse place à la complexité de la langue. tchatchhh m'accompagne au quotidien comme un intrus et prend une place considérable parfois. Tout dépend de mon invité(e) et de ce qu'il a à dire. tchatchhh se débat à deux et se nourrit de conversations. La fin d’une conversation en annonce une autre et devient une toute autre expérience. Consultez le mode d'emploi ici.

mardi 18 novembre 2008

Tokyo, le 18 novembre 2008

Montréal, sept08

dimanche 16 novembre 2008

l'horizon cerné entre le bleu et le bleu



Je suis née à Paris mais j'ai vécu ailleurs jusqu'à peu. Je pourrais vivre n'importe où. tchatchhh est un espace que je partage mais pas un lieu. Je n'ai pas vraiment de nom pour notre conversation et cela me va. Je préfère ne pas cerner les choses pour qu'elles puissent prendre de l'ampleur. C'est d'ailleurs l'ambition de tchatchhh; créer un espace dans lequel les choses se déplacent. Je suis certaine que notre conversation n'est pas une communication. Je n'ai rien à communiquer.
Notre conversation est publique parce qu'elle est en même temps une proposition artistique mais je ne l'impose pas en tant que telle. Une conversation est aussi le nom d'une pâtisserie et d'un canapé.
Comment as-tu reçu mon invitation ?

vendredi 14 novembre 2008

Passer à travers



Je ne connaissais pas les luddites (et encore moins cette utilisation du mot appliquée aux nouvelles technologies!). Ça a pas mal raisonné en moi. En puis en lisant ton billet, je me suis aussi posée la question de cette conversation avec toi.. communication ou pas?
Je me suis dit que peut-être je pourrais la définir comme un passage à travers ton espace. Une traboule donc ("passer au travers", c'est le sens premier de ce mot), et j'y ai pensé immédiatement quand tu m'as parlé des luddites, car entre Luddites et Canuts, il n'y a pas loin...

Les traboules, ces passages utilisés par les canuts - les ouvriers soyeux de la Croix-rousse à Lyon - ont longtemps accompagné mon imaginaire.
Pendant mon enfance, c'était un réseau obscur de galeries, parfois peut sûr et labyrinthique, que je connaissais mal et où je redoutais de me perdre.. La plus connue d'entre elle, dans un sale état, portait le nom de "Vorace", que pour une étrange raison j'assimilais à du cannibalisme, et que j'évitais soigneusement d'emprunter.. : ) Je crois que les traboules ont façonné mon imaginaire, jusque dans ma pratique artistique. Par exemple, j'y associe cette pratique quasi-systématique que j'ai dans mes projets de prendre la tangente, d'utiliser les chemins de traverses, par rapport à un lieu, une situation..
Plus tard, j'ai habité dans l'une d'entre elle, entre la Montée des Carmélites et la rue Pierre-Blanc. Dans un appartement qui fût comme tous les logements du quartier, un ancien atelier de tissage, avec des pièces lumineuses et froides, à cause de leurs dimensions cubiques de 4m x 4m x 4m, spécifiques à la taille des métiers à tisser. Et d'immenses fenêtres qui font que l'on a toujours l'impression d'être dehors.
Ce qui m'est resté de cette pratique quotidienne de la traboule, c'est le fait de me loger à l'intérieur même d'un passage, c'est à dire être immobile dans un espace dédié à une mobilité. Observer. Se tenir dans un point de connexion entre un monde privé et public.
Et puis il y avait cette étroitesse et la sensation paradoxale de clandestinité et de sureté que l'on y ressent souvent...
Plus tard encore, étudiante aux Beaux-arts de Lyon, j'ai lu Michel de Certeau, et "L'invention du quotidien", dont le Tome II avait pour projet d'étudier les modes de résistances quotidiennes adoptées face à la société de consommation au travers l'étude de la "pratique d'un quartier", celui se situant immédiatement autour de la rue Pierre-Blanc.
Encore une fois, c'est à travers ces lieux que j'ai adopté une manière de cheminer (dans la narration notamment, dans l'articulation de projets artistiques, dans mes relations aux gens), et aussi que j'ai bâti une pratique de la ville qui est plus de l'ordre de l'usage que de la consommation.

..Je ne sais si tu es originaire de Paris, s'il y a certains lieux qui t'ont, dans leur pratique, constitués, quel nom donnerais-tu donc à notre conversation, et serait-il en rapport avec un lieu (ou un non-lieu) connu?

Enfin, encore une fois, tout un cheminement pour dire, qu'ensemble, nous traboulons.

jeudi 13 novembre 2008

la révolte des luddites

Il est vrai que notre quotidien est truffé d'interfaces à plus ou moins haute dose. Je me suis demandée après ton expérience de quelle manière je communiquais. J'utilise rarement le téléphone, ou bien à des fins utiles, presque jamais de sms, un skype une à deux fois par an, un facebook inerte... L'ordinateur tient par contre une place importante et j'envoie pas mal de mails. Mais est-ce que je communique quand je converse à travers tchatchhh avec toi ?
J'espère que non.
Ton expérience me rappelle le mouvement Luddite du début du 19ème siècle qui, en s'opposant au flux industriel, a détruit les machines. Ils se sont soustraits au tout communiquant ambiant. Aujourd'hui, les hackers ont remplacé les luddites mais leur volonté n'est plus de saboter les machines, au contraire, la circulation des informations est primordiale pour leurs communautés. La Free Software Foundation a été fondée par Stallman dans les années 80 pour "lutter contre la rétention des logiciels", (je reprends ici une phrase du livre Libres enfants du savoir numérique), pour précisément libérer les codes sources et l'information. Les hackers s'opposent à la rétention d'informations des entreprises qui vendent des logiciels à codes sources fermés et participent pour cela au bon fonctionnement de l'ère informationnelle, nouveau visage du capitalisme.
Je trouve très vivifiant de s'inventer des modes d'être aux autres à travers des interfaces comme tchatchhh ou en se déconnectant, même un instant, comme tu l'as fait. Bien entendu, ce n'est en rien comparable avec le mouvement luddite, mais l'enrayement de l'hyper-machine est nécessaire et à tous les niveaux.
Un livre : Les luddites. Bris de machines, économie politique et histoire, Vincent Bourdeau, François Jarrige, Julien Vincent, éditions ère, 2006.

Sans voix

Karine
Je commence aujourd'hui ce dialogue avec toi, et le début de notre conversation clôture ma semaine de "Without interfaces"
J'ai donc passé une semaine à communiquer sans interfaces. Pas de téléphone, pas de sms, pas de mails, ni de skype ou de facebook...
Au delà du caractère un peu compliqué de la chose au niveau social - que je laisse de côté - ça a été surtout une semaine sans dialogues écrits.
L'expérience, plutôt banale somme toute, mais consciente, des mots sans matérialités (ce qu'ils ont quand ils sont imprimés, écrits sur un papier, où dans leur présence sur l'écran).
Un temps consacré à la parole immédiate et sonore, aux mots qui raisonnent, aux mots qui me possèdent plus que je ne les possède. Ceux qui sortent de mon corps mais qui n'ont pas eux-mêmes de corporalités... qui dès que je les forme, m'échappent.
Si j'exagèrerais un peu, je dirais : presque une expérience de cette dimension traumatique que peut-être la voix... (tu sais comme quand on écoute notre parole enregistrée, et qu'elle semble ne pas nous appartenir...).
C'est donc avec un certain soulagement et un réel plaisir que j'écris aujourd'hui, et pourtant, ce retour à la textualité n'a pas été sans un acte/un RDV manqué, puisque nous commençons cet échange en retard d'une journée.

mercredi 5 novembre 2008

conversation avec Julie Morel du mercredi 12 novembre au mercredi 26 novembre

En guise de présentation Julie Morel m'a donné un texte :

Bonjour Karine,
Pour notre premier échange, je cite Robert Barry.

“… J’ai recours aux mots parce qu’ils vont vers le spectateur pour lui parler. Les mots viennent de nous. ils ne sont pas étrangers. Ils comblent l’écart qui sépare le spectateur de l’oeuvre. Quand je lis les mots, quand je lis un livre, c’est presque comme si l’auteur me parlait. On dirait que la page se déroule à haute voix devant moi. Qu’elle me parle. Les mots ont beau être imprimés, c’est comme s’il m’adressaient la parole.” La lecture est une de mes activités préférées. Ce qui la rend fascinante, c'est que j'y envisage systématiquement les mots, malgré moi, d'abord leur dimension physique. Sur le papier, les mots sont avant tout des images. Puis je les lis, et tout de suite, comme le décrit Robert Barry, c’est une voix basse dans ma tête, comme extérieure à moi, qui dit le texte. Grâce aux mots, la lecture est une activité où je me sens toujours accompagnée.

samedi 11 octobre 2008

isaon,

demain, nous nous quitterons.
Vous avez empreinté pour un temps le nom et les mots d'un autre.
Que puis-je conserver de cette incarnation ?
Je ne sais rien.

dimanche 5 octobre 2008

*

Une fois parti le porteur du message, trompé tout autant que sa destinataire, le chevalier resté seul commença à réfléchir au moyen de changer de nom pour qu'on ne sût pas qui il était ni où il allait, car l'amour s'était en peu de temps si bien emparé de lui qu'il était déjà désireux d'abandonner une partie de lui-même.

mardi 30 septembre 2008

chanson

dimanche 28 septembre 2008

*

Mon père savait beaucoup de ses chansons, qui imitaient le langage des bergers et étaient emplies de paroles d'un grand talent (ou plus précisément d'une grande douleur), disposées et semées si délicatement parmi d'autres paroles rustiques que celui qui y regarderait bien comprendrait aisément comment elles étaient faites. Et il y avait encore autre chose qui apparaît à mon humble jugement, c'est que le beau, disséminé au milieu de cette bassesse de style, par l'impression d'étrangeté qu'il donnait, provoquait plus rapidement l'émotion, tant l'imagination a de pouvoir sur tout.

samedi 27 septembre 2008

dada est mort !

A partir d'aujourd'hui, plus de règles. Je réponds à ton texte par une vidéo.



Da Da Da (feat. Stephan Remmler)

mercredi 24 septembre 2008

*

Binmarder, la pensée tout occupée de ce mystère, commença à percevoir un grand vacarme qui, venant du bois, s'approchait dans sa direction. Et il ne l'entendait pas encore très nettement lorsqu'il vit devant lui son cheval poursuivi par des loups passer au galop ; et, au loin, derrière les loups, arrivaient en courant des chiens qui menaient grand bruit. Le cheval, voulant franchir cette rivière-ci, y tomba, et les loups, le rejoignirent et commencèrent à le déchirer de toutes parts, de sorte que, si vite que Binmarder accourût, il était déjà à moitié mort.

mardi 23 septembre 2008

binmarder,

Je vous ai, en partie, dévoilée. Heureusement / malheureusement, qu'il y a Google, notre maître à tous. En tout cas, bien malgré nous, il incite à googliser.
L'anonymat disparu, impossible ?
Ou bien, cet anonymat est un leurre de plus et ne sert qu'à révéler des personnages dissimulés derrière une personne ?
La confusion règne. Se faire passer pour un autre est une vieille histoire d'imposteur mais est-ce encore possible ? L'imposture est ici (où ça exactement ?) immédiatement digérée par Google.
Binmarder, pourquoi cette tristesse ?

dimanche 21 septembre 2008

*

Sur ce mont le plus élevé de tous que j'étais venue rechercher pour la solitude incomparable que j'y ai trouvée, voici comment je passais ma vie : tantôt je descendais dans le fond de ces vallées qui ceignent alentour, tantôt, de son point le plus haut, je restais à regarder la terre qui allait s'achever dans la mer, puis la mer qui s'étendait à sa suite, pour aller s'achever on ne sait où. Mais quand venait la nuit, en harmonie avec mes pensées, lorsque je voyais les oiseaux chercher leurs refuges, s'appelant les uns les autres, semblant vouloir apaiser la terre elle-même, alors, le coeur lourd de chagrins qui venaient redoubler ceux avec lesquels je m'étais éveillée, je m'en retournais vers mon pauvre logis, où Dieu seul est témoin de la façon dont je dormais la nuit.

vendredi 19 septembre 2008

conversation avec binmarder du dimanche 21 septembre au dimanche 12 octobre

En guise de présentation binmarder m'a donné un texte :

Cela me fit douter de commencer à écrire ce que j'avais vu et entendu. Mais à la réflexion, je me dis que ma crainte de ne pouvoir achever d'écrire n'était pas une raison pour ne pas le faire, puisque je n'écrirais pour personne d'autre que pour moi-même, moi pour qui les choses inachevées ne seraient pas une nouveauté.

mardi 26 août 2008

En attendant la suite de l'épisode : L'écriT, l'écrAn, l'écrIN

J'emprunte ce titre à Jacques Derrida dans La dissémination.

Tout "commence" donc par la citation, dans les faux plis d'un certain voile, d'un certain miroitant.


L'écran, sans lequel il n'y aurait pas d'écriture, est aussi un procédé décrit dans l'écriture. Le procédé d'écriture est réfléchi dans l'écrit.




vendredi 22 août 2008

série - épisode 1 - un homme qui descend un escalier



dimanche 17 août 2008

Cross-Over

Singapour version SL… assez proche d'une réalité touristique
Il est sans doute plus facile de photographier Second life que la véritable ville...






Y a une part de fascination à rester des heures et des heures rivé devant un petit écran, à suivre les aventures et mésaventures de nos héros favoris. J’aime aussi cette série, que j’ai regardé d’un bloc lorsque les dvds furent disponibles. Je déteste suivre les séries à la télé, car il y a trop de coupures publicitaires et en plus la dynamique joue sur l’impatience et le fait d’être disponible le même jour, à la même heure, la semaine suivante devant ton écran.

Etrange de penser cela aujourd’hui car j’ai passé une partie de ma vie à être scotché devant. La bonne époque de Série club, Canal Jimmy, et autres….J’ai développé un intérêt tout particulier pour les cross-over, lorsque les héros d’une série rencontrent les héros d’une autre série : le premier que j’ai vu et revu en boucle c’est l’épisode mettant en scène," Homme qui valait trois milliards" (Le générique en guise de madeleine, ici) avec "Super Jaimie", un petit clip racontant leur histoire :





C’est débile mais le fait de raccrocher le héros avec un hypothétique passé, renforce le caractère du personnage, par moment ça change même la construction narrative de l’épisode… donnant quelques perles, cf. "Les C.S.I".

Les spin-offs m’ont fait réfléchir longtemps comme celui de "Booker" avec "21 Jump Street", peut être est ce l'inverse ? C’est pas tout jeune !!
C'est un peu un principe d'addiction... Pouvoir, vouloir, transporter les mêmes spectateurs de l'une à l'autre création
Connais-tu cette série "Oz" ? Série très bien construite, sorte de huis clos, passablement violent, qui dépeint l'univers carcéral. As tu déjà regardé "Weeds" ? l'interprétation musique du générique change à chaque épisode. Bonne trouvaille, non ?

Passion avouée et assumée pour les séries canadiennes dont "Catherine", "Les Bougon, c’est aussi ça la vie" à découvrir sans faute et la drôlissisme et cultissisme série, "Le cœur a ses raisons!", quelques extraits ici et




Un zapping sélectif de narrations durant mon séjour à Singapour :

"(Krapp jure, débranche l’appareil, fait avancer la bande, rebranche l’appareil)


-mon visage dans ses seins et ma main sur elle. Nous restions là, couchés sans remuer. Mais, sous nous, tout remuait, et nous remuait, doucement, de haut en bas, et d’un côté à l’autre.

Pause.


Passé minuit. Jamais entendu pareil silence. La terre pourrait être inhabitée."


« je me mis à répéter ce mot de débauche, sourdement, en me regardant les yeux, et tout à coups je me vis sourire»


« In the world in which I came of age the Party was the surface on which daily life took place »


« Nous avions tous les éléments d’un drame : un séducteur, une demi-mondaine et une femme de tête. »


« Elle resta assise regardant la goutte de sang sur son pouce jusqu’à ce que des cris dans la rue l’amènent aux fenêtres, des garçons (sans que l’on sache pourquoi toujours tous, des garçons) montant la colline en trînant les pieds sous elle sur des bouffées d’obscénités hardies tournant son dos en direction du palier de l’escalier, en bas reprenant souffle à une fenêtre de la rotonde »


« Most troublig were the fleeting signs that noting could transform any of this into something positive. »


Samuel Beckett, La dernière bande,

Françoise Sagan, Bonjour Tristesse,

Bret Easton Ellis, Luna Park,

et William Gaddis, Gothique charpentier

mardi 12 août 2008

petits arrangements avec les morts



La série qui m'a totalement conquise est, sans doute et de façon inégalable, Six feet under.
Elle débute par la mort de Nathaniel Fisher dirigeant d'une entreprise familiale de pompes funèbres. Par la suite, il apparaîtra régulièrement en sympathique fantôme comme son fils Nath, un personnage central, qui meurt subitement à son tour.
Cette série est passionnante, touchante et pose sans détour des questions de société liées au couple, au sexe et à la famille. Plus largement, elle aborde la mort avec simplicité et poésie.



Cette vidéo est la fin de la série. La fin de 63 épisodes. La fin de tous les personnages en 5 minutes. C'est inattendu et très triste. Pour comprendre, il faut voir tous les épisodes avant.
Plus haut, une autre famille, tu reconnaîtras.