Tchatchhh est une conversation à deux. Elle emprunte la forme écrite mais peut s'entendre comme une parole qui se construit en même temps qu'elle se produit. Elle est percée de bruits, de commentaires laissés par les lecteurs et, d'un motif à l'autre, au fil des mots, des images et des sons, elle demeure ouverte, dépossédant en quelque sorte les protagonistes de leurs prérogatives de départ. L'un et l'autre s'impliquent dans la conversation en acceptant de ne pas maîtriser le cours des choses. La conversation n'appartient à aucun des deux, elle déploie des pensées sur le terrain de la réciprocité sans nécessairement parvenir à un accord final.
De 2008 à 2012, j'ai invité des personnes à faire l'expérience d'une conversation sans savoir par avance qu'elle en était la teneur.
Depuis le voyage Vermeer de Christine Lapostolle, auquel j'ai pris part du 8 juillet au 27 août 2012, les conversations ont désormais un objet commun formulé au début de chacune d'elles. Exposé aux détours et errances de l'échange, ce point de départ est à même d'emprunter d'autres chemins que l'on ne peut pas percevoir au commencement d'une conversation, par définition sujette aux variations.

vendredi 17 décembre 2010

Cat, chat, tchatchhh, etc.

Pas facile de finir notre conversation sur une histoire de vidéo de chat, et pourtant je vais essayer ce challenge. En anglais le mot chat est "cat" et "chatter" signifie discuter.

En français, l'homonymie deviendrait une opportunité de langage. Chat signifie autant l’animal que la discussion. Donc il me paraît une bonne fin de conversation pour tchatchhh.

Ce film est un film dit de "Clic cinéma". Le spectateur clique par plaisir d’en voir plus. Dans ce contexte, ce geste prend une résonnance très pavlovienne. Le souvenir des précédents clics ramène à cet autre clic. Le geste de cliquer est très fréquent car on clique au moins à chaque fin de film et parfois pendant le film, (pour lire les commentaires par exemple). Le clic cinéma est avant tout lié à l’action et la réaction. Le clic cinéma produit des morceaux qui sont souvent dans une ambiance de répétition qu’on peut voir et revoir. Chatouiller le chat et susciter une réaction de sa part. Répéter l’opération et ainsi de suite. Les commentaires réagissent aussi sur ce principe d’action / réaction.



Surprised Kitty devient la quintessence de films de chats amateur concentrant à lui seul un réseau mimétique où le film qui marche le mieux exerce le plus grand pouvoir mimétique sur les autres ; ce registre très prolifique de vidéos de chats domestiques a de nombreux points communs avec les vidéo à caractère érotique / pornographique.

Films de chat et films pornos ont en communs l’élasticité des corps. Le chat est un animal interactif, joueur par nature, transformant n’importe quel objet en jeu, pelote, ficelle, bout, de papier. Il n’est pas surprenant qu’il devienne une star des films en ligne. Le chat des cartoons qui retombe sur ses pattes après avoir effectué des acrobaties, s'est étiré ou déplié passant par des ouvertures minuscules, son corps élastique défie les logiques de la morphologie humaine. Si les films de chat et de porno se retrouvent tous deux comme sujets de prédilection on pourrait y retrouver cette même attirance pour une malléabilité des corps, allié au désir d’outrepasser leurs limites.


Le chat comme l’a démontré Chris Marker est l'animal photogénique par excellence dont le regard semble dire plus qu’il n’y parait, toujours sûr de lui, marchant sans bruit, il est donc très bon acteur de sketches à profusion, tel un Buster Keaton de documentaire amateur animalier sans le savoir.

mardi 14 décembre 2010

surprised kitty (original)

La vidéo surprised kitty appartient peut-être au registre "membracide", mais pas à celui de l'art. Serait-ce là notre nouveau kitsch remplaçant la carte postale ?
Ce qui est surprenant, c'est le mot "original" ajouté à côté du titre comme si cette vidéo avait fait l'objet de multiple versions et que l'originale, même pour la vidéo la plus banale qui soit, ait une valeur supplémentaire. Comme si aussi, l'originalité dépendait aujourd'hui de la popularité d'une vidéo évaluée au nombre de clics. Ce qui peut sembler paradoxal étant donné que l'originalité se fonde habituellement sur un modèle unique, non reproductible, alors qu'avec cet exemple il semblerait que l'originalité soit définie au contraire par un maximum de visibilité, fondant l'originale en creux.
Est-ce là une manifestation de l'art de la communication ?
Même si je peux percevoir dans tes propos une critique d'un tout communiquant, comment te positionnes-tu ?

mardi 7 décembre 2010

Art membracide

Il me semble qu’au contraire l’article explique les différences notables entre conversation et exposition et va dans le sens de ce que tu dis tout en tissant de multiples et subtiles liens et en croisant différents artistes qu’on a peu l’habitude de voir ensemble et en mettant en lumière des manières de converser.

Dans La fin de la solitude,William Deresiewicz émet l’hypothèse qu’Internet suscite une connexion permanente et une impossible solitude (ou isolement). L’internaute est incité à manifester sa présence en réagissant face aux multiples signaux qui émanent de ses terminaux. On ne compte plus le nombre de messages écrits et oraux qu’il reçoit et envoie chaque jour.

Il devient un être hypercommuniquant dont le comportement serait à rapprocher des insectes membracides d’Amazonie. Ces membracides, insectes qui font vibrer les plantes se servent de leurs excroissances pour percevoir les messages, Danièle Boone expliquent qu'ils “échangent sans cesse des signaux avec les autres individus en permanente interaction avec leur milieu, mais la multitude des signaux échangés à des distance variables produit aussi une rumeur ambiante dont le signal pourrait être brouillé ou se brouiller. “



Le demi-diable Centrotus cornutus in copula...(photo P.Falatico)

Comme l’explique William Deresiewicz si l’appareil photo et la caméra suscitent un culte de la célébrité, l’ordinateur et la numérisation ont lancé le culte de la connexion généralisée des choses et des êtres, “la grande terreur contemporaine serait d’être anonyme. […] Nous ne vivons que dans notre relation aux autres, et la solitude ou l’idée de solitude disparait progressivement de nos vies.” Est-ce que la fin de l’isolement provoque l’absence de conditions pour faire émerger une pensée ? Ou une activité de réflexion ou de méditation ? Dans ce contexte, comment percevoir une œuvre ? L’œuvre nécessite une attention de la part du spectateur. Celui-ci, de la caverne platonicienne aux fantasmagories en passant par le théâtre, le cinématographe et la télévision, a développé des systèmes où les œuvres s’observent dans un dispositif d‘attention et de perception particulière.
Tout ça pour dire, que le tout communicationnel génère une forme d'art, qui procède d'impulsions/réactions, de vibrations communicationnelles. Un art qui se voit comme les hits, les meilleurs chansons. Il suscite des réactions et provoque de nombreux textes sur les blogs. Loin du silence de la grotte caverneuse, cet art sert de communication, et on pourrait le qualifier d'art membracide. Dans ce registre, je classerais la vidéo très célèbre Surprised Kitty dans la catégorie de l'utra membracide.

jeudi 2 décembre 2010

converser vs communiquer

Je connais le texte de Liliane Terrier mais je ne sais pas vraiment où il veut en venir. Il n'y a pas de spécificité conversationnelle au net car la conversation peut survenir à n'importe quel moment, peut-être plus facilement autour d'un bon repas, sur un siège qui porte ce nom, sur un banc public, pendant un vernissage...
Certes, les dispositifs du web, notamment à travers les réseaux sociaux, entretiennent un certain bavardage, mais sont-ce réellement des situations conversationnelles ?
"L'art réduit à la conversation entre artistes, pendant le temps de leurs projets individuels, serait cet échange, une sorte d'expérience collective qui interroge ce qu'est l'art aujourd'hui, la conversation devenant œuvre et théorie de l'art. Le caractère à la fois collectif, spiritualisé et dématérialisé de l'art est réaffirmé. Il trouve sa logique évidente, son enveloppe et sa forme sur le net, outil qui vient à point dans la logique de l'époque."
Ce paragraphe, relevé au tout début du texte de Liliane Terrier, est une citation des propos de Paul Devautour sur lesquels elle s'appuie pour avancer l'idée que la conversation remplacerait l'exposition.
L'exposition ne s'est pas éteinte et la conversation n'est pas encore très pratiquée en art. Je dirais même que l'exposition s'est renforcée et qu'elle offre le modèle quasi exclusif de la visibilité artistique aujourd'hui. Le format de l'art est l'exposition, les œuvres sont façonnées pour l'exposition.
Pour moi, il ne s'agit pas de remplacer la conversation par l'exposition - quand bien même cela pourrait arriver ! - mais de proposer des expériences de conversations. Je discutais récemment avec une connaissance de ce qui l'occupait en ce moment, et sa réponse a été de m'énumérer les expositions en cours et les œuvres qu'il avait bien placées dans des manifestations cotées sans m'expliquer de quoi étaient faites ces œuvres et quels étaient les enjeux des expositions en question. Bref, nous n'avons pas parlé d'art.
C'est assez symptomatique de ce qui se trame majoritairement en art aujourd'hui.
Plus loin dans son texte, Liliane Terrier mentionne l'esthétique de la communication, dont Fred Forest est l'instigateur, pour parler de la conversation comme médium artistique.
Je suis vraiment opposée à cette théorie, dont wikipedia ne présente qu'un raccourci factuel, qui repose sur un art mettant en avant l'immatériel mais en s'appuyant sur l'information et la communication comme matériaux artistiques. L'esthétique de la communication cherche à faire de la communication même une forme en tentant de se démarquer du schéma classique de l'exposition.
Cette théorie, qui dénonce l'espace clos du musée et de la galerie, est contradictoire car elle agit uniquement dans l'espace du réseau en limitant son action dans un territoire donné, celui d'Internet, déterminé par le médium informatique, et sélectionne une production ancrée dans une démarche auto-produisant ses référents, à savoir le numérique, sa réalité virtuelle, explorant son monde en perpétuelle évolution basé sur la circulation, produisant des œuvres émanant et interrogeant ce contexte. Cet espace se construit intrinsèquement selon ses propres spécificités, se cloisonne sur lui-même et s'autonomise, non pas à l'inverse du musée mais bien à l'instar du musée.
Or l'art n'est pas la communication. L'artiste n'a pas de message à communiquer. Au vue de l'histoire médiatique, la communication du message implique une dictature du sens que les artistes s'efforcent de détourner, en opposant non pas une autre signification, un autre message, mais en remettant en cause le sens, alors non plus commun et homogène mais multiple et critiqué.
"Créer a toujours été autre chose que communiquer. L'important, ce sera peut-être de créer des vacuoles de non-communication, des interrupteurs, pour échapper au contrôle." (Deleuze).

dimanche 28 novembre 2010

Art(s) de la conversation

Ce titre est en référence à un texte de Liliane Terrier dont je voulais te parler, qui pourrait certainement rebondir et faire des liens relativement à tes projets de conversation« L’Art de la conversation sur le net ». J’y ajouterais d’autres œuvres plus anciennes et tout aussi conversationnelles comme les films de Jean Eustache, d’Eric Rhomer, de Judith Cahen et ceux d’Anne-Marie Miéville et de Jean-Luc Godard avec Tour et détour deux enfants une série télévisée réalisée en 1979 pour Antenne 2.

France, tour et détour sont des conversations avec deux enfants, un garçon et une fille.



France, tour et détour provoque un dialogue de la part des enfants mais aussi des spectateurs, interpellés par les questions et les commentaires en voix off : « Et ça fait longtemps que tu existe? Il y a combien de mètres de chez toi à l’école ? Ta hauteur a toi c’est combien ? Combien de fois ta hauteur pour aller à l’école ? Tu penses qu’on a dessiné les rues pour que tu t’y perdes ou pour que tu t’y retrouves ? Si tu perdais la mémoire comment tu ferais pour aller à l'école ?»

Il s’agit d’apprendre, de donner à apprendre le pouvoir de la parole, apprendre à dire, à converser, apprendre à arrêter de se taire, quitte à passer par de longs moments de silence et à user de détours conversationnels.

Conversation longue qui prend son temps et du coup rejoint l’expérience dont le processus est ici rendu tangible. Une conversation dont l’enjeu est le questionnement, laissant ainsi l’interprétation ouverte, cultivant le désir de prolonger la réflexion après la série, et encore après.

lundi 22 novembre 2010

duo

J'écrivais régulièrement sur un blog avant tchatchhh. "Rendez-vous-haut-les-mains.com" était un espace lié à mes activités pédagogiques et était imaginé comme une sorte d'extension de mes cours.
Une fois que je suis passée à d'autres préoccupations à l'école, la nécessité d'écrire un blog ne s'est plus imposée. J'ai donc préféré arrêter car les billets publiés étaient de plus en plus espacés comme le désir en chute libre. Je n'avais pas non plus envie de me conformer à un dispositif qui me forçait à écrire. J'ai donc réfléchi à un espace sur mesure qui me permettrait de continuer une activité d'écriture et de la partager avec d'autres : à l'école, je savais que mes collègues et étudiants lisaient ce que je publiais.
La conversation est pour moi une rencontre. On est deux, on ne s'est pas encore ce qui va se passer. On se déplace sur le terrain de l'autre. Les mots de l'autre ont une influence sur notre journée. tchatchhh est un moment privilégié, gratuit et sans but précis si ce n'est de converser sur un sujet déterminé à deux au départ. Après, ça bouge.
Toutes mes recherches sont des dispositifs à deux. C'est mon format. Au-delà, ce n'est plus une rencontre. Christine Lapostolle, à qui j'ai soumis le mot "conversation" dans Duo pour 13 mots et un paysage, a dit une belle chose : "s'approcher avec les mots", c'est l'érotique de la conversation.
Rencontre Service que tu connais, proposait des micro-rencontres, des rencontres à deux et dernièrement j'ai fait un tchatchhh live avec Virginie Poitrasson, où la conversation était en direct, non pas sur scène mais dans les gradins, où nous échangions des mots. La langue était vocale mais pas orale, c'est à dire qu'elle était avant tout écrite. Tout comme Christine Lapostolle, Virginie Poitrasson est aussi écrivain et j'agis sur ce terrain depuis quelque temps.
tchatchhh n'est pas une œuvre au sens où l'on considère une œuvre comme une finalité. C'est un processus qui n'a pas de début ni de fin, qui s'achèvera quand il n'y aura plus de désir. Dans tous les cas, c'est une proposition très humaine il me semble, non dénuée d'intention artistique, bien qu'elle ne soit pas affichée en tant que telle. Mais est-ce cela l'important ?

vendredi 19 novembre 2010

Court-circuit

J'aimerais bien en savoir plus sur les raisons qui t'ont amenées à choisir ce dispositif de conversation avec tes invités ?
Pourquoi par internet et pourquoi en différé ? Ceci dans la mesure où nos différents articles nécessitent toujours un certain délai de publication contrairement à une conversation orale.
J’ai l’impression que l’ordinateur et ses accessoires : l’écran, le clavier, la souris prennent beaucoup de place dans un tel dispositif mais j’ai aussi l’impression que ce dispositif d'interférence et d'écriture à distance est aussi nécessaire pour ce que tu as mis en scène.



Je viens de découvrir cet épisode de Strip-Tease et j’adore la phrase : « mais ils ne peuvent pas faire venir quelqu’un ? ». Et combien de fois à bout de nerfs me suis-je dis : « Le mieux ce serait qu’ils envoient quelqu’un directement » plutôt que de passer des heures à attendre qu’un opérateur de Call Center puisse répondre. Si la demande est flottante, hésitante, “humaine” alors ces réseaux de machines à assistance humaine ne peuvent que renvoyer vers d’autres numéros et d’autres serveurs et ceci à l’infini. Si bien qu’on ne sait plus trop si on à faire à des machines post-humaine ou des humains post-machine.

jeudi 18 novembre 2010

l'ordinateur des campagnes

J'ai davantage l'impression d'assister à une séance d'hypnose en regardant ces barres de progression. L'hypnose au sens où l'on est dépossédé de ses facultés conscientes. Le zen et la pratique de la méditation sont au contraire des disciplines où le corps est en pleine maîtrise. Il est certes débarrassé des contingences extérieures, mais il accueille une infinité de sensations.
Devant mon écran, j'ai tout au plus les yeux rouges, le dos courbé, une épaule de travers et assez souvent mal à la tête.

mardi 16 novembre 2010

Temps de défilement, temps d'attente




Au sujet du temps d’attente face à nos écrans d'ordinateur, voici deux images d’une collection de barres de défilement, devant lesquelles généralement on attend.
Je ne sais pas pourquoi ces barres de défilement ou barres d'attente ont un côté quasi hypnotique et provoquent le fait d’attendre de manière pavlovienne. Un moment de zen, de méditation, un moment de vide consacré à regarder des pixels sur un écran qui évoluent progressivement, sentir le suspens s’étirer, voir la représentation graphique d’un temps dessiné qui se réduit inexorablement… Combien de temps passons nous à les regarder sans vraiment les voir ?
Cela me fait penser à l’attente de la prochaine réponse dans une conversation, du prochain post.

Sur le temps d’attente et l'attentat, j’avais co-écrit avec Stéphane Degoutin un texte sur le musée de l’imaginaire terroriste : « On pourrait parler d’une mise en scène de contradictions, d’ambiances paradoxales, d’agencement spatial des extrêmes. Entre la soumission des foules qui attendent entre des barrières rappelant les files de bétails, entre les contrôles et les fouilles corporelles, les vérifications d’identité et les temps d’attente, jamais l’individu n’a été autant pris dans un réseau de contradictions de son plein gré. Chaque déplacement le soumet à ces mesures. Et si la théâtralisation du risque, la mise en scène d’une sécurité globale, n’est pas désirée tout autant que celle de s’envoler dans les airs ? »

lundi 15 novembre 2010

attente et attentat

Une amie m'a récemment envoyé un appel à contributions, Attente / Attentat : les formes de l'attente. Je recopie ici la citation introductive de l'appel à contributions, mais le reste du texte est non moins intéressant :
« L’attente est une des manières privilégiées d’éprouver le pouvoir, et le lien entre le temps et le pouvoir – et il faudrait recenser, et soumettre à l’analyse, toutes les conduites associées à l’exercice d’un pouvoir sur le temps des autres, tant du côté du puissant (renvoyer à plus tard, lanterner, faire attendre, différer, temporiser, surseoir, remettre, arriver en retard, ou, à l’inverse, précipiter, prendre de court) que du côté du « patient », comme on le dit dans l’univers médical, un des lieux par excellence de l’attente anxieuse et impuissante. »
Pierre Bourdieu, « L’être social, le temps et le sens de l’existence », in Méditations pascaliennes, Paris, Seuil-Points, 2003, pp. 328-329.

Cet appel à contributions propose de renverser le point de vue de l'attente, la plupart du temps du côté du pouvoir, pour l'envisager du côté du "patient".
Susciter le désir amoureux en ne donnant plus de nouvelles, arriver en retard, commencer un concert une heure après l'heure affichée, sont autant de petites tactiques à l'œuvre pour avoir l'ascendant sur l'autre. Cela devient pire quand il s'agit d'une politique d'oppression dans le cas des migrants placés dans des centres pour demandeurs d’asile en France.
La temporalité est encore au cœur de nos préoccupations mais elle apparaît avec cet appel à contributions sous un nouveau jour : le temps n'est pas accéléré mais suspendu. Cet intermédiaire produit des moments où l'on peut perdre, dans le cas des migrants, statuts et droits.

Pascal Nicolas-Le Strat est politiste sociologue et publie sur son site le-commun.fr l'intégralité de sa recherche au lieu de la publier sous forme d'articles dans des revues spécialisées et reconnues par ses pairs. Outre le fait de nous offrir généreusement l'avancée de sa recherche en train de se faire, il contourne de manière libérée le système institutionnel qui n'attribue de la valeur qu'aux articles publiés dans des revues labellisées. Son geste est double : il nous donne accès à une pensée en la faisant circuler sur Internet tout en résistant à l'injonction institutionnelle.

samedi 13 novembre 2010

Syndrôme d'Actualisation Permanente

Comme réponse, j’ai longuement cherché un film ou une histoire qui illustrerait l’actualisation permanente de nos données sur internet. Plus je cherchais un film sur la perte de mémoire chronique, moins j’en trouvais, si bien que ce long silence fut un peu comme une longue recherche d’un blanc, d’un trou de mémoire.

Car cette actualisation permanente me fait penser à la mémoire des poissons tournant dans leur bocal, une mémoire de quelques minutes ou de quelques temps, une mémoire périodique qui s’efface progressivement… L’actualisation, comme un moyen d’effacement, c’est presque la forme inverse de l’Amnésie antérograde parce que ne peut fixer que de nouveaux souvenirs (nouvelle version) et qu’on efface les anciens (ancienne version).

J’ai pensé à des troubles de la mémoire ou des personnes qui ne peuvent pas se souvenir plus de quelques secondes et qui doivent sans cesse répéter ou faire des efforts terribles pour arriver à mémoriser; j’avais un film en tête que je n’ai par retrouvé l’histoire de passagers de navettes spatiales qui s’échangent leur cerveau ou se retrouvent avec d’autres mémoires téléchargées. Mais j’ai trouvé mieux, pour continuer l’histoire de Clive Wearing



HM, dont le cerveau prélevé a été disséqué et numérisé entièrement, une vidéo du Brain Observatory montre le découpage du cerveau tranche par tranche, des scientifiques en blouse blanches dans un labo hight tech expliquent comment ils vont accéder à de nouvelles connaissances grâce à la modélisation du cerveau de HM, on a l’impression d’être dans une série américaine, c’est très troublant.

dimanche 7 novembre 2010

Que fais-tu en ce moment ?

Je suis tout à fait d'accord avec toi : il y a comme une injonction d'actualisation sur le web. La réticularisation du temps agit comme si nous étions dans un perpétuel présent.
L'actualisation permanente des informations en favorise leur accès tout en nous plongeant dans une impression de manque : je ne suis pas suffisamment informée comme si j'étais tout le temps en retard.
tchatchhh s'installe dans une temporalité qui n'est pas celle d'un blog publiant un billet chaque jour ou le plus souvent possible. Au contraire, le temps est dilaté et correspond au rythme de mon interlocuteur. C'est lui qui détermine les dates et la durée de la conversation.

Entre chaque conversation, du temps s'écoule...

Je trouve important de ne pas se laisser aller. Se laisser aller au temps d'aujourd'hui. Ralentir et se forger le temps que l'on veut, celui dont on a besoin, pas plus ni moins. Un temps suffisamment connecté pour ne pas se laisser distancer, pour ne pas se faire surprendre, tout en vaquant à ses occupations.
Et je trouve intéressant de prendre les choses à rebours comme tu le proposes dans le cadre de la ligne de recherche "Archivage et auto-archivage immédiat comme œuvre".
Ligne de recherche à l'initiative de Julie Morel, dans laquelle nous nous engageons aux côtés de Reynald Drouhin, Sylvie Ungauer, Gregory Chatonsky, Dominique Moulon et nous.
Le titre même de la ligne pose problème et tu t'en es saisie.

jeudi 4 novembre 2010

La disparition automatique

Je suis d’accord avec toi sur l’internet archive comme cimetière et qui rejoint les failles de la mémoire. C’est une archive à trous avec des vides qui rend l’information obsolète. Ce qui est d’autant plus étrange, c’est l’entreprise de vouloir archiver tout Internet.

Internet donne à chaque information une valeur d’actualisation. Ce qui est accessible semble actuel, certes la date vient affirmer un temps passé et permet d’introduire une temporalité mais le système va dans le sens d’une accessibilité/actualisation des stockages d’informations.

Une actualisation qui va très loin puisqu’elle touche à d’autres systèmes et pousse chacun d’entre nous à actualiser quelque chose, un système, un blog, un site, un logiciel, un texte, un code, une version, etc.

Tout doit s’actualiser.

Ce qui compte, c’est l’éternel présent. Un présent permanent.

Au moment où j’écris ces lignes et au moment où je publierais le billet, ce sera déjà du passé. Et ce billet s’ajoutera au dessus du précédent rendant ainsi « ancienne » ta réponse d’avant, générant une strate dans notre conversation.

Alors le présent permanent est une illusion qui vient nous titiller.

Imaginer des mouvements d’anti mises à jour, d’anti actualisation de ces machines… ou de ralentissement des mises à jour, un mouvement de résistance à une vague irrésistible. Mon intérêt s’est porté dans les failles de la mémoire.

A chaque fois que se crée un site ou un blog, on agit comme si tout ce qui se passerait sur la toile resterait pour toujours, comme si chaque écrit était éternel, comme si la technique présente serait la même dans quelques année.

Autant imaginer la perte, la défaillance, l’inactuel, l’obsolescence programmée, la disparition comme mode d’emploi.

La page illisible, le blog dont il manque les liens ou la page qui n’existe plus ?

Ou comment penser l’auto-archivage immédiat en regard de sa disparition tout aussi immédiate ? Archivage versus disparition. J’ai l’impression que chaque blog, chaque site est une entreprise fragile qui ne peut pas se penser sans perte. Et que le moindre bout de texte publié nécessite de penser à son archive tout comme à sa disparition.

mardi 2 novembre 2010

la tombe de l'humanité


On pourrait se demander si l'Internet Archive n'est pas davantage un grand cimetière qu'une mémoire vive. Je me suis amusée à fouiller dans cette mémoire et j'ai trouvé l'image de la page d'accueil d'un ancien site de 2005; c'est une suite d'icônes représentant des liens brisés et des carrés blancs.
Le site est bien répertorié et archivé à des dates successives de 2005 à 2008, mais il ne renvoie que des images comme celle choisie pour l'entête de ce billet ou des façades de sites sans que l'on puisse véritablement naviguer dans le site lui-même.
Est-ce qu'une telle entreprise peut vraiment « [...] préserver la connaissance humaine et l'accessibilité pour tous à ces collections. » ?
A quoi bon stocker des pages vidées de leur contenu ?
C'est comme une bibliothèque - s'il s'agit bien d'une bibliothèque - dont on suspend l'usage. Dans une bibliothèque, il y a bien la possibilité d'accéder à un contenu auquel les livres assurent la pérennité, mais que faire de pages mortes ou à regarder ?
La collection m'intéresse quand elle est fonctionnelle et quand elle porte dans son projet même l'idée d'une actualisation du fait de son usage.

dimanche 31 octobre 2010

Total Recall #1

Je voulais commencer par une vidéo de Data Center, par des lieux physiques où se retrouvent l’auto-archivage instantané des blogs et surtout suivre ta proposition de parler de la surcharge d’informations. Je commence par cette nouvelle Bibliothèque d'Alexandrie : l’Internet Archive fondée en 1996 par Brewster Kahle « Dont le but est de préserver la connaissance humaine et l'accessibilité pour tous à ces collections. »

La Wayback Machine est une entreprise de sauvegarde de tout le contenu d’internet de tous les temps. Une mémoire par strates successives et temporelles. Comme les arbres les plus volumineux de la planète, les séquoias géants, La Wayback Machine donne accès à tous les âges. Ainsi dans des dizaines d’années, on pourra revoir et sonder la mémoire collective d’antan.

Il y a quelque chose d’effrayant à imaginer cette mémoire où l’on pourrait surfer dans le temps, où l’on retrouverait tout sans distinction, une mémoire totale.

Le nom « Wayback Machine » est une référence à une partie de The Rocky and Bullwinkle Show dans lequel M. Peabody, un chien avec un air professoral et son assistant Sherman utilisent une machine à remonter le temps surnommée « WABAC Machine » pour décrire des évènements historiques célèbres.

dimanche 24 octobre 2010

conversation avec Gwenola Wagon du dimanche 31 octobre au vendredi 17 décembre 2010

Gwenola Wagon :


Prouvez que vous êtes humain.
Issu d'un projet où je cherche à prouver mon humanité face à des machines devenues omniprésentes et face à une humanité se "machinisant" ou adoptant des comportements de plus en plus machiniques.


Pôle blanc.
Lieu où je vais souvent lorsque je me perds dans un globe virtuel.
Achever un voyage ou en commencer un autre.


Personnalise ton profil.
Correspond à peu près à ce qui me semblerait être une présentation rapide et du coup impossible. Personnalise étant un dérivé du mot personne. Peut être l'image correspond à mon impossibilité de me présenter ou celle d'y préférer cette image toute faite colorée et en relief.


IMG_0155.jpg aurait pu s'intituler autrement, image d'un primate reconstitué et qui m'a toujours hanté, tout à la fois par sa menace de disparition et par une attraction irrésistible pour tous les primates et encore plus pour leur représentation. Réflexion menée dans un projet nommé 80 sur le rôle de la représentation comme vecteur/provocateur de disparition.


Not found.
Simplement l'impossibilité ou la fascination pour les mots Not found se détachant du fond blanc et tout ce que cela implique comme déception ou jubilation parfois.