les furtifs, les hors la loi, et les autres
Par Stephen Wright, jeudi 1 juillet 2010 à 09:37 :: Stephen Wright :: #194 :: rss
Bien entendu, l'histoire des épiphytes m'intéresse. Ce serait en effet bien dommage que l'énergie épiphytique soit perdue pour la posterité. Et les épiphytes furtifs posent un problème aigü à cet égard, puisque tout l'enjeu semble être de produire des effets dans le réel sans que l'on sache que ces effets-là sont dus à un épiphyte. Procéder par ouï-dire de sorte que l'épiphyte se propage, contagieux mais insoupçonné, passant d'un corps à l'autre à l'insu de tous; perceptible seulement, sans jamais être perçu comme tels, par des ondulations incongrues laissées sur la surface des choses. L'existence même des épiphytes serait hypothétique, au même titre que l'antimatière -- la matière noire des astrophysiciens -- dont l'invisible présence ne se laisse induire ou conjecturer qu'à partir des anomalies constatées dans la causalité prévisible des corps. Nous sommes là, au degré maximal, carrément "hors la Loi." Comme l'écrit Ghérasim Luca, dans "La Proie s’ombre": Être hors la loi / Voilà la question / Et l’unique voie de la quête. Le vrai hors-la-loi (tu parles d'impunité), c'est celui qui s'en va sans laisser de pistes, seulement des traces. Reste en effet à interroger le statut singulier de ces traces obliques, car en tant que documents d'un phénomène non seulement invisible mais inexemplifiable et non déclaré, elles portent seules la responsabilité de la postérité du moment épiphytique dans l'imaginaire collectif.
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