Depuis avril 2008, j'invite des personnes à converser avec moi dans cet espace que j'ai appelé tchatchhh. J'invite des personnes - que je connais ou pas - à faire l'expérience d'une conversation sans jamais savoir par avance quelle en sera la teneur. Je laisse à mon invité(e) le soin de formuler le premier mot avec le matériau de son choix. Ni lui ni moi ne savons ce qu'il advient par la suite car la conversation s'écrit au présent. tchatchhh est mouvant et son usage n'est pas celui attendu. tchatchhh s'écrit comme se prononce et laisse place à la complexité de la langue. tchatchhh m'accompagne au quotidien comme un intrus. Tout dépend de mon invité(e) et de ce qu'il a à dire. La fin d’une conversation en annonce une autre et devient une toute autre expérience.
Protocole / J'invite quelqu'un ou quelqu’un peut décider d’être invité. Nous nous donnons rendez-vous pour une conversation sur tchatchhh. S'il le souhaite, mon invité(e) peut garder l'anonymat et prendre alors le pseudonyme de son choix. Une conversation a une durée variable fixée à l'avance par mon invité(e). Elle peut se dérouler en un jour, une nuit, une semaine ou un mois, l’important est de débuter à la date prévue. La fin se fait sans préavis à la date affichée dans le premier billet. En préambule, je publie un message pour annoncer la conversation et présenter mon invité(e). En guise de présentation, mon invité(e) fait un petit don de sa personne en envoyant une image, un mot, un CV, un son ou tout autre document faisant office de présentation. Mon invité(e) commence la conversation. Il peut utiliser des mots, des sons et des images en accédant aux outils de l’interface avec un login et mot de passe. Mon invité(e) peut publier plusieurs billets par jour, voire par heure, mais il doit attendre ma réponse avant de publier le suivant. Les commentaires demeurent ouverts. Chaque conversation est archivée au nom de mon invité(e).

jeudi 13 novembre 2008

la révolte des luddites

Il est vrai que notre quotidien est truffé d'interfaces à plus ou moins haute dose. Je me suis demandée après ton expérience de quelle manière je communiquais. J'utilise rarement le téléphone, ou bien à des fins utiles, presque jamais de sms, un skype une à deux fois par an, un facebook inerte... L'ordinateur tient par contre une place importante et j'envoie pas mal de mails. Mais est-ce que je communique quand je converse à travers tchatchhh avec toi ?
J'espère que non.
Ton expérience me rappelle le mouvement Luddite du début du 19ème siècle qui, en s'opposant au flux industriel, a détruit les machines. Ils se sont soustraits au tout communiquant ambiant. Aujourd'hui, les hackers ont remplacé les luddites mais leur volonté n'est plus de saboter les machines, au contraire, la circulation des informations est primordiale pour leurs communautés. La Free Software Foundation a été fondée par Stallman dans les années 80 pour "lutter contre la rétention des logiciels", (je reprends ici une phrase du livre Libres enfants du savoir numérique), pour précisément libérer les codes sources et l'information. Les hackers s'opposent à la rétention d'informations des entreprises qui vendent des logiciels à codes sources fermés et participent pour cela au bon fonctionnement de l'ère informationnelle, nouveau visage du capitalisme.
Je trouve très vivifiant de s'inventer des modes d'être aux autres à travers des interfaces comme tchatchhh ou en se déconnectant, même un instant, comme tu l'as fait. Bien entendu, ce n'est en rien comparable avec le mouvement luddite, mais l'enrayement de l'hyper-machine est nécessaire et à tous les niveaux.
Un livre : Les luddites. Bris de machines, économie politique et histoire, Vincent Bourdeau, François Jarrige, Julien Vincent, éditions ère, 2006.

Sans voix

Karine
Je commence aujourd'hui ce dialogue avec toi, et le début de notre conversation clôture ma semaine de "Without interfaces"
J'ai donc passé une semaine à communiquer sans interfaces. Pas de téléphone, pas de sms, pas de mails, ni de skype ou de facebook...
Au delà du caractère un peu compliqué de la chose au niveau social - que je laisse de côté - ça a été surtout une semaine sans dialogues écrits.
L'expérience, plutôt banale somme toute, mais consciente, des mots sans matérialités (ce qu'ils ont quand ils sont imprimés, écrits sur un papier, où dans leur présence sur l'écran).
Un temps consacré à la parole immédiate et sonore, aux mots qui raisonnent, aux mots qui me possèdent plus que je ne les possède. Ceux qui sortent de mon corps mais qui n'ont pas eux-mêmes de corporalités... qui dès que je les forme, m'échappent.
Si j'exagèrerais un peu, je dirais : presque une expérience de cette dimension traumatique que peut-être la voix... (tu sais comme quand on écoute notre parole enregistrée, et qu'elle semble ne pas nous appartenir...).
C'est donc avec un certain soulagement et un réel plaisir que j'écris aujourd'hui, et pourtant, ce retour à la textualité n'a pas été sans un acte/un RDV manqué, puisque nous commençons cet échange en retard d'une journée.