Depuis avril 2008, j'invite des personnes à converser avec moi dans cet espace que j'ai appelé tchatchhh. J'invite des personnes - que je connais ou pas - à faire l'expérience d'une conversation sans jamais savoir par avance quelle en sera la teneur. Je laisse à mon invité(e) le soin de formuler le premier mot avec le matériau de son choix. Ni lui ni moi ne savons ce qu'il advient par la suite car la conversation s'écrit au présent. tchatchhh est mouvant et son usage n'est pas celui attendu. tchatchhh s'écrit comme se prononce et laisse place à la complexité de la langue. tchatchhh m'accompagne au quotidien comme un intrus. Tout dépend de mon invité(e) et de ce qu'il a à dire. La fin d’une conversation en annonce une autre et devient une toute autre expérience. Protocole / J'invite quelqu'un ou quelqu’un peut décider d’être invité. Nous nous donnons rendez-vous pour une conversation sur tchatchhh.
S'il le souhaite, mon invité(e) peut garder l'anonymat et prendre alors le pseudonyme de son choix.
Une conversation a une durée variable fixée à l'avance par mon invité(e). Elle peut se dérouler en un jour, une nuit, une semaine ou un mois, l’important est de débuter à la date prévue. La fin se fait sans préavis à la date affichée dans le premier billet. En préambule, je publie un message pour annoncer la conversation et présenter mon invité(e). En guise de présentation, mon invité(e) fait un petit don de sa personne en envoyant une image, un mot, un CV, un son ou tout autre document faisant office de présentation.
Mon invité(e) commence la conversation. Il peut utiliser des mots, des sons et des images en accédant aux outils de l’interface avec un login et mot de passe.
Mon invité(e) peut publier plusieurs billets par jour, voire par heure, mais il doit attendre ma réponse avant de publier le suivant.
Les commentaires demeurent ouverts.
Chaque conversation est archivée au nom de mon invité(e).
Par karine,
dimanche 27 juillet 2008 à 16:30 ::Cyril Thomas
A quoi bon recycler ce qui a déjà été fait et se contenter de le remettre en circulation sur SecondLife ou ailleurs ? Quel sens y a-t-il à rejouer l'histoire de l'art sans y ajouter le moindre commentaire ?
J'aimerais, au contraire, qu'il y ait dénaturation !
SecondLife semble déjà recycler la vie telle que nous la vivons en exacerbant les côtés les plus sordides : monde hyper-capitalistique et pornographique, à ce qu'on dit.
Pourquoi les avatars sont si "beaux" ? N'y-a-t-il pas des monstres ? Je trouve cette série de portraits, dont est issue l'illustration de ce billet, plutôt conventionnelle.
Pour terminer sur une note electro pop japonaise plus barrée, je t'invite à écouter Hikashu, un projet de Makigami Koichi.
Par Cyril Thomas,
lundi 21 juillet 2008 à 10:46 ::Cyril Thomas
billet sous le signe d'une petite song....
Bien évidemment, SecondLife permet à tout à chacun, de se balader, mais pas de flâner... rare de se perdre sur SL, trop de map et trop d'endroits inaccessibles,
Dans le Paris de 1900,
ou dans le quartier rouge d’Amsterdam,
Folklore du voyageur en mal de sensations...
Surtout revoir Berlin,
se souvenir des longues promenades dans la ville,
Visiter la quinzaine d'îles s'appelant Tokyo.
A chaque découverte d'un lieu, d'une île, tu mets à jour plusieurs pistes de réflexions concernant le devenir des formes, les stéréotypes.
Puis, en expérimentant, tu t'aperçois très vite que c'est également un lieu très ancré dans l'histoire actuelle donc, tu y trouves beaucoup de recyclage d'idées, de termes....
Reproduire le passé, avec une couleur futuriste, dans le présent du jeu.
J’aime beaucoup la manière dont Alain Della Negra et Kaori Kinoshita examinent minutieusement les pratiques, les échanges dans leurs films documentaires tout en dressant des cartographies … Je trouve d’ailleurs leur projet sur Burning Man assez surprenant, je l’ai écrit ici.
Autre œuvre, autre espace à mi chemin entre œuvre de fiction et documentaire, teinté de politique, Cao Fei, présentée au Plateau-Frac ile de France tout récemment.
Secondlife semble en ce moment le terrain à la réitération de certaines performances et d’une réécriture d’une partie de l’histoire de la performance, à titre d’exemple citons les performances du couple italien Eva et Franco Mattes, plus connu sous un pseudonyme qui en fait correspond à l’adressage de leur site internet : http://www.0100101110101101.org. Récemment, à Paris, lors du festival Exit 2008 qui se déroulait à la maison des arts de Créteil, il exécutait une performance originalement interprétée par Marina Abramovic et Ulay, intitulée Imponderabilia, et qui eut lieu à la Galleria Comunale d'Arte Moderna di Bologna, en juillet 1977. Leur performance sur le net, n’était pas une avant-première, prend forme dans un projet plus vaste, intitulé Synthetic performances où il réitère les performances phares des années 70, de Joseph Beuys, Gilbert and George, Chris Burden, Vito Acconci etc.
Participe t-il le participant sur Secondlife ? A partir de quelles archives, commentaires, récits élaborent-ils le cadre de leur performance ? N’y a-t-il pas une perte à réitérer des performances, qui avaient un sens transgressif ou qui avaient une valeur de manifeste ? Refaire, recycler et rendre les pièces encore plus polysémiques sans les dénaturer...
Par karine,
mercredi 16 juillet 2008 à 17:54 ::Cyril Thomas
Le "héros moderne" selon Baudelaire est l'individu solitaire errant dans la ville. Le flâneur du XIXe s rejoint le surfer de notre époque. Ils ont en commun la promenade et la solitude. Cependant, connecté et seul derrière son écran, le surfer se berce d'illusions. Qu'est-ce qu'une rencontre derrière un écran ?
Virilio a formulé cette critique : loin de connecter les hommes, le réseau ne fait que les éloigner davantage. Aujourd'hui, je cherche à rencontrer les gens derrière leurs écrans. Je me sers d'Internet pour cela, un peu comme August Sander l'a fait en son temps en photographiant les hommes du XXè s.
Il y a toujours un corps derrière un écran et mes photographies représentaient plus cette "présence physique" oubliée que l'ennui décelé. Mais c'est vrai, SecondLife n'a jamais piqué ma curiosité. Je suis plus intriguée par les documentaires d'Alain Della Negra et de Kaori Kinoshita qui entretiennent le trouble entre la personne et le personnage.
La vidéo fait partie de leur travail et relate un mariage entre deux femmes sur SecondLife alors que ces mêmes personnes sont un homme et une femme dans la "vraie" vie.
Par Cyril Thomas,
dimanche 13 juillet 2008 à 20:26 ::Cyril Thomas
L'ennui n'est pas intrinsèque à la pratique de Secondlife, comme toujours, il n'est qu'un moteur/facteur de l'histoire culturelle.....
Elle se demandait s’il n’y aurait pas eu moyen, par d’autres combinaisons du hasard, de rencontrer un autre homme ; et elle cherchait à imaginer quels eussent été ces événements non survenus, cette vie différente, ce mari qu’elle ne connaissait pas. Tous, en effet, ne ressemblaient pas à celui-là. Il aurait pu être beau, spirituel, distingué, attirant, tels qu’ils étaient, sans doute, ceux qu’avaient épousés ses anciennes camarades du couvent. Que faisaient-elles maintenant ? A la ville, avec le bruit des rues, le bourdonnement des théâtres et les clartés du bal, elles avaient des existences où le coeur se dilate, où les sens s’épanouissent. Mais elle, sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l’ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l’ombre à tous les coins de son cœur. Elle se rappelait les jours de distribution de prix, où elle montait sur l’estrade pour aller chercher ses petites couronnes. Avec ses cheveux en tresse, sa robe blanche et ses souliers de prunelle découverts, elle avait une façon gentille, et les messieurs, quand elle regagnait sa place, se penchaient pour lui faire des compliments ; la cour était pleine de calèches, on lui disait adieu par les portières, le maître de musique passait en saluant, avec sa boîte à violon. Comme c’était loin, tout cela ! Comme c’était loin ! Elle appelait Djali, la prenait entre ses genoux, passait ses doigts sur la longue tête fine, et lui disait :
-Allons, baisez maîtresse, vous qui n’avez pas de chagrins. Puis, considérant la mine mélancolique du svelte animal qui bâillait avec lenteur, elle s’attendrissait et, le comparant à elle-même, lui parlait tout haut, comme à quelqu’un d’affligé que l’on console.
Madame Bovary, Gustave Flaubert (1856-1857)
Et parce que cet ennui, n’est pas seulement lié au repos dominical, ni à la fête nationale, on ne saurait trop relire quelques pages de Moravia, tout en écoutant « l’homme à la tête de choux »
Et si le cœur y est, si l’attente se fait angoisse, voire désespoir, déception de l’autre ou de soi, mieux vaux s’enfermer dans une salle obscure pour revoir le film de Kahn…
Parce que l’ennui n’est pas seulement qu’un thème littéraire, poétique (Baudelaire), philosophique (voir chez Heidegger) ; il est aussi objet de fantasme, et de ressort aux pièces d’Alex Bag, par exemple…,
cliquez donc ici !!
Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s'amuser. Journaux intimes, "Mon Coeur mis à nu", Charles Baudelaire (1821-1867)
Par Cyril Thomas,
jeudi 10 juillet 2008 à 12:47 ::Cyril Thomas
Sur SecondLife, la gastronomie du voyage débute par le choix d'avatars, le votre en premier puis ceux qui constitueront vos amis lors des diverses échanges... Magasin de corps...
En avant pour une première rencontre a-temporelle...
Etrange, non que les Spaces Invaders, jeu quasi culte, se retrouvent sur une île...
Tautologie du "game play", simple citation du passé, dans le présent....
Dichotomie de SecondLife qui oscille entre distractions et recherches scientifiques (voire donnant même accès à certains symposiums)...Secondlife est-il un monde virtuel utilisé comme médiation scientifique et culturelle ?
Par karine,
lundi 7 juillet 2008 à 15:29 ::Cyril Thomas
En regardant la vidéo de Derrida intitulée la peur d'écrire, j'ai découvert celle de Foucault juste après dans la file. Elle exprime très justement ce que je tente de faire avec tchatchhh et d'autres choses. Je ne sais pas si j'y parviens mais c'est là où j'interviens. Dans les interstices, en jouant de fausses notes et en m'intéressant aux phénomènes mineurs.
Dans le silence, il y a du bruit, c'est connu. Dans la musique, on parle surtout de cuisine et de champignons, on aborde les événements de biais. Les petites histoires forgent la grande.
Par Cyril Thomas,
dimanche 6 juillet 2008 à 21:51 ::Cyril Thomas
je vous écris
« Vous pourriez lire ces envois comme la préface d’un livre que je n’ai pas écrit. Il aurait traité de ce qui va des postes, des postes en tous genres, à la psychanalyse .(…) Quant aux Envois eux-mêmes, je ne sais pas si la lecture en est soutenable. Vous pourriez les considérer, si le cœur vous en dit, comme les restes d’une correspondance récemment détruite. (…) Une correspondance, c’est encore trop dire, ou trop peu. Peut-être ne fut-elle pas une (mais plus ou moins) ni très correspondante. Cela reste encore à décider. Aujourd’hui (…), il n’y a là que des envois, des envois seulement dont ce qui fut épargné ou si vous préférez « sauvé »(j’entends murmurer déjà « accusé »comme on dit de réception)l’aura dû, oui,dû à un principe de sélection fort étrange et que je juge pour ma pat, aujourd’hui encore, contestable, comme peut être d’ailleurs en toute occasion la grille, le crible, l’économie du tri, surtout si elle destine à la garde, pour ne pas dire l’archive. » cf . Jacques Derrida, La carte postale de Socrate à Freud et au-delà, éd. Flammarion, Paris, 1980.
Je vous écris une lettre,…. un billet, un poste…. d’un pays lointain pour reprendre les vers d’Henri Michaux et ceux de Chris Marker ! Allez donc, jetez un oeil sur la revue Hors Champ...
Et si pour entamer, amorcer, débuter cette conversation écrite, il fallait simplement accepter le silence de l’autre ?
Comment comprendre alors cet exercice, cet échange, ce support ???
Comprendre le « je », sur SecondLife à partir de