Depuis avril 2008, j'invite des personnes à converser avec moi dans cet espace que j'ai appelé tchatchhh. J'invite des personnes - que je connais ou pas - à faire l'expérience d'une conversation distanciée sans jamais savoir par avance quelle en sera la teneur. Je laisse à mon invité(e) le soin de formuler le premier mot avec le matériau de son choix. Ni lui ni moi ne savons ce qu'il advient par la suite car la conversation s'écrit au présent et se déplace en cours de route en fonction des échanges.
tchatchhh n'est pas un blog mais un espace pour la conversation qui utilise le dispositif du blog. C'est pourquoi tchatchhh est mouvant et son usage n'est pas celui qu'on attend. tchatchhh s'écrit comme se prononce et laisse place à la complexité de la langue. tchatchhh m'accompagne au quotidien comme un intrus et prend une place considérable parfois. Tout dépend de mon invité(e) et de ce qu'il a à dire. tchatchhh se débat à deux et se nourrit de conversations. La fin d’une conversation en annonce une autre et devient une toute autre expérience. Consultez le mode d'emploi ici.

vendredi 27 juin 2008

Quelle heure est-il à ta montre ?


Quel ennui si nous étions tous d'accord ! Une conversation permet de confronter des points de vue, d'entendre d'autres arguments que les siens. Ce n'est pas si facile de provoquer la discussion. Par contre, la tchatch n'est pas un échange. Je cherche évidemment la discussion, le contrepoint, le champ/contre-champ. Je ne crains pas la provocation, d'autant qu'elle n'est pas forcément volontaire. Mais je n'aime pas ceux "qui s'amusent sans arrière-pensée", comme disait Cocteau à qui j'ai emprunté le titre de mon précédent billet (c'est l'exergue D'une histoire féline). Ces deux petites phrases ont dessiné ma course il y a plus de trente ans. Tant mieux si le Lièvre n'a aucune chance. Je repense à celui de La Règle du Jeu pendant la partie de chasse. Comment veux-tu que je cite les "autres artistes" ? Ils sont légions romaines. Chaque bâton d'encens qui brûle sur mon blog est gravé à leurs initiales. Ils me parfument. C'est une forêt qui ne cache aucun arbre. Si mes phrases sont parfois énigmatiques ou qu'elles jouent de doubles sens, c'est qu'elles rendent hommage aux trouvailles de Bertolt Brecht. J'adore, par exemple, cet Allais que je ne connaissais pas, à cause des pochards. J'ai cité Buñuel parce qu'il est le cinéaste qui dépeint le mieux la bourgeoisie telle que je l'abhorre, Renoir parce qu'il montre que la différence de classes est incontournable, Cocteau pour sa définition de l'artiste.
Comme nous nous approchons de la fin de notre échange et qu'il commence seulement à trouver ses marques, je ne résiste pas au plaisir d'ajouter ci-dessus la bande-annonce du Journal d'une femme de chambre dont je citai le dialogue, suivie ci-dessous de la scène du Fantôme de la liberté dont j'ai utilisé hier un photogramme:


Et pour finir n'importe quel passage relatif à Cocteau, mais le choix de celui-ci, dû pourtant au hasard, n'a rien d'innocent !

réponse



Mon terrain n'est pas celui de la provocation car elle ne vise qu'à déstabiliser l'autre, lui faire perdre la face. Je préfère de loin la charge critique et/ou le questionnement qui entretient le trouble. Que dire de Bunuel si ce n'est que c'est un grand cinéaste ? Que faire après Duchamp ? etc. Nous n'en sommes plus à régler des comptes avec l'histoire de l'art. Pascal Lièvre utilise effectivement des clichés et le format clip dans son travail. Je dirais qu'il est plus pop qu'autre chose mais qu'importe, je n'ai pas envie de le défendre car ce n'est pas un artiste qui est important pour moi. J'apprécie ces deux vidéos que j'ai citées dans le contexte précis de notre conversation. De quels autres artistes parles-tu ?
Comme toi, je suis très vigilante à la critique en art. Je ne parle pas spécialement des spécialistes mais de la responsabilité des artistes à produire du sens. Ils ne sont pas forcément dans notre institution et ils sont nombreux malgré les références historiques. Je trouve que la comparaison entre Bunuel et Lièvre est un peu facile car le second n'a aucune chance.

Illustration : Ronde de pochards dans le brouillard. Alphonse Allais.

Ne pas être admiré. Être cru.


"Je suis pour l'amour, Célestine, pour l'amour fou !" marmonne Michel Piccoli dans le sublime Journal d'une femme de chambre de Luis Buñuel d'après Octave Mirbeau. Lorsqu'en 1930 le cinéaste espagnol provoquait la salle avec L'âge d'or et qu'attaquaient physiquement la Ligue anti-juive et la Ligue des patriotes, la provocation était d'une autre nature esthétique et politique que les ringardises poulbots de Pascal Lièvre.
J'avoue mal supporter la superficialité des prétentions post-modernes de ce type. Les responsables branchés, nouveau pouvoir, essaient de nous faire avaler ces provocations potaches de poseur comme si c'était le reflet de notre époque. S'il en est ainsi, heureusement qu'il est d'autres tropiques plus résistantes à l'absence de pensée critique, d'autres artistes conscients de leurs responsabilités, ou de leur irresponsabilité ! On mélange tout, Duchamp et ses affligeants avatars, Lacan et les Lacaniens, Godard et les Godardiens... Tous les provocateurs ne portent pas la même charge explosive, tous ne visent pas la même cible.
Certains évoqueront le second degré, mais c'est un concept que j'ai toujours trouvé louche. On ne raille que ce qu'on aime, mais que l'on a du mal à avouer. La culpabilité engendre de tristes monstres.
J'ai regardé jusqu'au bout. Je m'étais déjà forcé lorsque les camarades d'Arcadi m'avaient offert le dvd de Lièvre. Le masochisme est-il de se mettre en scène en recevant des claques ou d'avoir à subir le spectacle et particulièrement ces interprétations complaisantes et insupportables, en particulier pour un musicien (je ne parle pas ici de profession) ? J'avais pourtant adoré le récital de la cantatrice Cathy Berberian où elle s'amuse à chanter faux et pastiche les salons bourgeois avec les incisives. Si la fonction de l'art est d'interroger et que tout m'interroge, alors est-ce que tout est de l'art ? Si c'est le cas, j'opte définitivement pour ce qui est cochon. Au moins c'est cru.

l'amour fou




Savoir aimer - Pascal Lièvre - http://www.dailymotion.com




L'axe du mal - Pascal Lièvre - http://www.dailymotion.com

Le duo des chats


Six ans, c'est beaucoup. Pas encore l'âge de raison, mais on se rapproche. On a le temps de changer d'avis, de changer de vie. La question se pose, sinon elle ne serait pas évoquée. Nos choix en disent long, même à avancer masqué, à en être les jouets, trop complexes à décrypter. On miaule. Ce mystère fascine. Le duo des chats est souvent joué avec des masques félins. Je préfère voir les visages, connaître les émotions vraies. Le maquillage est une duperie, mais je la respecte. J'aurais craint de me réveiller avec quelqu'un d'autre dans mon lit.
Gioacchino Rossini était un sacré farceur. À la fin de sa vie, la musique l'écœurait, mais il continuait pour faire plaisir à sa compagne. "Gioacchino, écris-moi quelque chose, s'il-te-plaît !" Et Rossini composait Mon prélude hygiénique du matin. Il figure parmi ses Péchés de vieillesse avec Quelques riens pour album, Musique anodine, Quatre hors d'œuvre et quatre mendiants, Valse lugubre, Prélude convulsif, Ouf Les petits pois, Un saute, Une caresse à ma femme, Fausse-couche de Polka-Mazurka, Etude asthmatique, Les radis, Les anchois, Les cornichons, Le beurre, Prélude prétentieux ou Tarentelle pur-sang avec traversée de la procession... On dirait des titres à la Satie. Pas seulement les titres. Son éditeur était obligé de l'enfermer pour qu'il termine ses opéras. Le musicien s'en sortait en livrant plusieurs fois la même ouverture pour différentes œuvres dramatiques. On ne peut qu'admirer l'homme qui inventa le tournedos Rossini. Sa recette à base de viande et de truffe est devenue un cœur de filet de bœuf surmonté de foie gras et une sauce madère aux truffes. Je lis sur Wikipédia que son célèbre Duetto buffo di due gatti serait dû à G. Berthold, qui utilisa pour cela la cavatine de Iago dans Otello, ainsi qu'une Katte-Cavatine due à un compositeur danois. À qui se fier ?


Pendant que je tape mon billet dans le TGV et surfe grâce à la clé USB 3G+ icon 225, le chat Scotch ne moufte pas dans son panier. Nous avons été incapables de lui mettre sa laisse et j'en ai eu marre d'aller ramper au fond du wagon pour le rattraper. J'ai placé une seconde vidéo du duo des chats parce qu'en musique classique, à moins de savoir lire une partition, on apprend à connaître les œuvres en comparant les interprétations. Il en existe pléthore. La première a été filmée lors d'un Séminaire de Gérard Lemesne, la seconde avec Montserrat Caballé et Concha Velsaco.