Depuis avril 2008, j'invite des personnes à converser avec moi dans cet espace que j'ai appelé tchatchhh. J'invite des personnes - que je connais ou pas - à faire l'expérience d'une conversation distanciée sans jamais savoir par avance quelle en sera la teneur. Je laisse à mon invité(e) le soin de formuler le premier mot avec le matériau de son choix. Ni lui ni moi ne savons ce qu'il advient par la suite car la conversation s'écrit au présent et se déplace en cours de route en fonction des échanges.
tchatchhh n'est pas un blog mais un espace pour la conversation qui utilise le dispositif du blog. C'est pourquoi tchatchhh est mouvant et son usage n'est pas celui qu'on attend. tchatchhh s'écrit comme se prononce et laisse place à la complexité de la langue. tchatchhh m'accompagne au quotidien comme un intrus et prend une place considérable parfois. Tout dépend de mon invité(e) et de ce qu'il a à dire. tchatchhh se débat à deux et se nourrit de conversations. La fin d’une conversation en annonce une autre et devient une toute autre expérience. Consultez le mode d'emploi ici.

jeudi 26 juin 2008

être bonne à rien c'est quand même agir



La phrase titre du billet précédent est une phrase de Marcel Broodthaers que je me suis appropriée dans un contexte très étroit qui est celui de l'art contemporain. Même si mon quotidien est influencé par mes activités artistiques voire orienté par celles-ci, ne serait-ce qu'avec tchatchhh, je suis incapable d'appliquer le mot "réussite" sur une existence. D'ailleurs, c'est avec beaucoup de détachement et d'ironie que Broodthaers a employé ce terme. En réalité, je n'ai pas d'objectif et je ne peux donc pas évaluer ma réussite. Néanmoins, je n'avance pas à tâtons, je suis même assez déterminée et précise dans mes choix. Cependant, j'accepte toutes les dérives comme d'autres possibles stimulants, c'est pourquoi je m'intéresse à la rencontre.
Le marché de l'art m'indiffère et je n'ai jamais rien fait pour en faire partie. Par contre, inscrire ma pratique dans un débat d'idées est nécessaire et me nourrit.
La phrase de Broodthaers : « Moi aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans. » De plus en plus, l'art contemporain propose des kits de réussite : avoir la bonne idée au bon moment / faire vite et efficace. Je suis très loin de cette approche que je trouve illusoire; elle fait en plus le jeu de notre société et perd sa nuisance critique.

Illustration : le chat de l'interview du billet précédent.

Cache-cache


J'ai 55 ans. Je dors très peu. Je voudrais perdre du poids. Je roule à bicyclette. Je suis volontariste. Je travaille beaucoup. Je lis le journal le matin très tôt, dès que le coursier l'a déposé dans la boîte. Je produis de l'électricité. J'aime les fleurs vivantes. Je déteste la compétition, mais je ne crains pas la lutte. L'exploitation de l'homme par l'homme me fait horreur. L'esclavage des femmes me rend triste. Je ne sais rien faire seul. Cela ne m'intéresse pas. Je pense aux autres. Je Je Je. Ce sont mes initiales.
Je n'aime pas vendre. Je préfère donner. Mais je suis fier de gagner ma vie avec ce que je produis. Du vent. Du vent qui passe dans un tuyau et vient se briser contre un biseau. J'ai toujours su que je devais être patient, car ce dont je rêvais était invendable, difficilement vendable est plus adéquat. Il faut du souffle. J'écris des billets longs comme le bras, bourrés de liens, et des inédits sonores qui dépassent les 10 minutes. À quoi cela rime-t-il ? L'épanouissement ne serait qu'un combat perdu d'avance puisque la mort reprendra ses droits un jour ou l'autre. Peut-être demain. On ne fait que repousser l'échéance. Tout disparaîtra. Mais on ne sait rien, on n'en sait rien, on ne connaît qu'aujourd'hui, alors on avance. On n'a pas le choix. Il faut mieux le faire en rigolant qu'en faisant la gueule, prendre des billets collectifs, chercher le sourire en face, lutter pour que ce soit plus doux, pouvoir continuer à se regarder dans la glace, y reconnaître l'enfant qu'on a toujours été, lui faire un clin d'œil et repartir pour de nouvelles aventures. Vertige. Je répète inlassablement aux étudiants que les seules "valeurs" qui riment à quelque chose sont la persévérance et la solidarité.
Les conseils que je prodigue me sont d'abord adressés. Je suis le cobaye de mes élucubrations. L'éternel étudiant. Je ne m'endors pas sans avoir appris quelque chose. Il n'y a pas d'âge pour changer. Rien n'est jamais joué. Il suffit de décider. Chaque matin, la question se pose. Qu'ai-je envie de faire de ma vie ? La réussite, c'est de savoir ce qu'on veut. Mettre des sons et des images sur son désir. Ou des odeurs, ou des saveurs, ou je ne sais quoi, à chacun son truc, il faut inventer. Après, ce n'est que du travail. Beaucoup de travail. On ne s'ennuie pas. Même les vacances sont un travail. Je vais d'ailleurs m'y employer dès demain.
Mon père m'appelait "Good for nothing". Je n'ai pas voulu le contrarier. Je suis devenu artiste. Je ne fabrique que des rêves. Cocteau à qui l'on demandait sa profession écrivit : sans (toutes). Rien ou tout, c'est pareil. L'inconscient ignore les contraires. Le choix relève d'un défi. Qu'est-ce que tu veux ?

L'absurdité paranoïaque des écoles et universités françaises a freiné ta course. Te brancher au Net depuis les Beaux-Arts de Quimper était digne d'une opération commando. Tu ne pouvais t'identifier sur ton propre blog. C'est emblématique. L'absence d'image fait signe. Le chat s'en fiche. Lui sait. Ou il devine. Par ton titre, tu n'affirmes pas, tu interroges. Il n'est jamais trop tard. Mais où la révolte va-t-elle se nicher ? C'est en ce lieu mystérieux que gît la réponse. Certaines sont plus pénibles que d'autres. Rien d'enviable. Certaines sont moins ambitieuses. Tant mieux. Aucun point n'est accessible. Aucun n'est inaccessible. Il faut tourner autour, l'encercler, l'approcher doucement, lui tendre un piège, ruser avec son désir, avec celui de l'autre, des autres, de tous les autres. C'est impossible. C'est ce qui fait son prix. La conversion, le change, l'affranchissement. Au diable, la famille !

De mon côté, je fais des pets, c'est plus anecdotique, mais je m'éclate à roter pour le site des Ptits Repères qui s'étoffe tous les deux mois d'un nouveau jeu que je sonorise avec la complicité de l'équipe de Surletoit qui conçoit et réalise le site enfants de la Marque Repères et ce depuis trois ans... Ce matin, justement, il ne fallait pas manquer d'air pour pédaler sur son vélo d'appartement. J'ai aspiré, j'ai soufflé. Les gens qui ont la chance de me voir faire des grimaces et des grands gestes derrière la vitre du studio me disent que c'est chouette comme travail. Se faire payer pour faire des bruits glauques, c'est vrai que c'est super ! Notre client, intelligent, accepte les effets scatologiques dont les enfants raffolent. Tu vois, il m'en faut peu pour me satisfaire. L'art, l'amour, le sexe, le travail, la révolte, tout n'est affaire que de régression. La maturité est de l'apprivoiser.