Depuis avril 2008, j'invite des personnes à converser avec moi dans cet espace que j'ai appelé tchatchhh. J'invite des personnes - que je connais ou pas - à faire l'expérience d'une conversation distanciée sans jamais savoir par avance quelle en sera la teneur. Je laisse à mon invité(e) le soin de formuler le premier mot avec le matériau de son choix. Ni lui ni moi ne savons ce qu'il advient par la suite car la conversation s'écrit au présent et se déplace en cours de route en fonction des échanges.
tchatchhh n'est pas un blog mais un espace pour la conversation qui utilise le dispositif du blog. C'est pourquoi tchatchhh est mouvant et son usage n'est pas celui qu'on attend. tchatchhh s'écrit comme se prononce et laisse place à la complexité de la langue. tchatchhh m'accompagne au quotidien comme un intrus et prend une place considérable parfois. Tout dépend de mon invité(e) et de ce qu'il a à dire. tchatchhh se débat à deux et se nourrit de conversations. La fin d’une conversation en annonce une autre et devient une toute autre expérience. Consultez le mode d'emploi ici.

jeudi 19 juin 2008

la gastronomie comme happening



En voulant rompre avec le milieu de l'art, Daniel Spoerri créa en 1968 le vrai Restaurant Spoerri à Düsseldorf. Chaque visiteur avait la liberté de percevoir l'endroit comme un restaurant ou comme un lieu de happening permanent. Parmi les trois menus affichés, le "menu exotique" proposait des plats considérés comme des dérives alimentaires :
l'omelette aux fourmis grillées, le ragoût de python, le steak de trompe d'éléphant, les fœtus de poussin ou encore les pattes d'ours. Ce dernier plat est très réputé dans la gastronomie chinoise cf. Le festin chinois de Tsui Hark.
Entre autres happenings, le Dîner cannibale, préparé par Claude et François-Xavier Lalanne en 1970, s'inspire du corps de l'artiste :
cocktail au sang, doigts bouillis, phallus délicieux, pain de pied, beurre d'oreille et tête farcie de François-Xavier Lalanne coupée en deux par Daniel Spoerri.

Le restaurant se révélait pour ses clients parfois comme un processus artistique parfois comme un restaurant ordinaire.
Parmi les pièces les plus connues, le Banquet des riches et des pauvres consistait à tirer au sort le rôle de chaque participant et du coup le contenu des assiettes, soit du caviar soit des pois chiches.
La gastronomie est un sujet riche qui en dit long sur les us et coutumes. Spoerri l'a déclinée à toutes les sauces !
Illustration : une image extraite de la vidéo performance de Benoît Le Guein, étudiant aux Beaux-Arts de Quimper où j'enseigne, et que l'on peut retrouver sur son blog chipsaucaramel.

You are what you eat


Chère Karine,

ton billet sur la nourriture répondrait-il à la curiosité évoquée à la fin du mien sur le besoin de regarder ? Dans ce cas, c'est bien vu ! J'ai souvent raconté la devise de ma famille : "Manger avec quelqu'un qui n'a pas d'appétit, c'est discuter beaux-arts avec un abruti." Dans la semaine qui a précédé la mort de mon grand-père, il ne s'alimentait plus. Comme on l'incitait à manger, il répondit qu'il s'était délecté à midi d'un homard à la crème au restaurant de la Tour Eiffel. Même sous perfusion, il continuait à bouffer. Il disait aussi que "c'est lorsque l'on n'a plus faim que cela devient intéressant, parce que ce n'est plus que par gourmandise".

Mes parents ont passé leur vie pour la cuisine et à en rêver. Je me souviens m'être vanté auprès de mes copains de classe de ne jamais manger deux fois la même chose au cours d'un mois. Ma soeur cuisine très bien. Ma mère a arrêté à la mort de mon père. Il nous avait promis de nous emmener au Bistro 121 manger des truffes sous la cendre quand le Général De Gaulle mourrait. Quelle ne fut pas ma joie quand je l'appris pendant un cours au lycée ! J'ai repris le flambeau, mais je ne suis jamais aucune recette. J'improvise. Je fais avec ce que j'ai sous la main. Les soupes asiatiques sont une de mes spécialités, j'ai comparé leur composition avec l'improvisation musicale. Jamais deux fois la même. J'aime aussi essayer des recettes avec les aubergines... J'ai inventé une manière originale de cuire les œufs au micro-ondes, un peu comme des œufs en ramequin avec crème fraîche et fromage râpé. Ma fille prétend que mon pâté est aussi bon que du foie gras. C'est gentil. Comme pour beaucoup d'autres choses, je cherche à réaliser des trucs rapides qui font beaucoup d'effet. C'est dans les expériences exotiques que je m'amuse le plus. Possédant une trentaine de piments différents, j'adore ce qui est épicé. Sont-ce les restes de mes expériences hallucinogènes de jeune homme ? Je mange la viande bleue et regarde avec méfiance les amateurs d'autres cuissons qui sont pourtant légion autour de moi. Les sushis me font carrément délirer. À Paris, c'est chez Koba rue de la Michaudière que je m'en gave à m'en faire péter la sous-ventrière. Suis-je aussi gourmet que gourmand ? J'en doute.

Au restaurant je ne peux discuter ni penser à rien avant d'avoir passé la commande. J'y suis bien alors que j'ai beaucoup de mal à entrer dans un débit de boissons. Ma cave est correcte, mais elle ne me permet plus de conserver longtemps les bouteilles. Là aussi, je cherche toujours des goûts nouveaux, des vins qui sortent de l'ordinaire. Je n'ai par contre aucune attirance pour le champagne. Je bois peu de blanc qui a tendance à me coller des crampes dans les mollets lorsque je suis endormi. Le vin me fait dormir si j'en bois à midi, il m'en empêche quand j'en consomme le soir. Si je voyage, j'aime manger comme les indigènes. Je recherche l'authenticité. D'accord avec l'adage qui donne le titre à ton billet d'hier soir, ma curiosité n'a pas de bornes. J'ai raconté ici la longue liste des étranges bestioles dont j'ai goûté la viande. j'ai composé un hymne à la tomate et ailleurs évoqué l'avocat et mon principal livre de cuisine. Un de mes billets les plus lus est celui sur la soupe miso, c'est pourtant simple. Même si ce ne sont pas ceux que je préfère, les articles de vie pratique sur mon blog quotidien sont d'ailleurs les plus populaires. Je souhaiterais plus de fréquentation sur les mouvements d'humeur. La gastronomie, c'est pour les papilles. Il faudra du temps avant que cela passe par le Réseau.
Voilà, ce sont juste quelques pistes pour te faire une idée sur qui je suis. Je débarrasse vite pour passer à la suite.

Légendes des photos
mercredi : The Golden Triangle / Chang Rai / photo JJB / 2008
jeudi : Chenilles grillées (Mapati Worms) / Johannesburg / photo JJB / 2008