Je remonte ton billet de bas en haut comme on dit "V'là le diable !" en passant la main à plat sur la figure du marmot en alternance avec "V'là le bon dieu !" où l'on frotte dans le sens inverse. La remontée arrache le nez tandis que la descente sent presque la caresse. Métaphore initiatique des aller et retours que la vie nous réserve.
Sous son épitaphe gravée sur sa tombe rouennaise, "D’ailleurs, c'est toujours les autres qui meurent", Marcel Duchamp doit se marrer en regardant tous les "artistes" qui se réclament de sa succession. S'il n'avait qu'un seul visage, il avancerait masqué pour jouir de sa bonne farce aux iconoclastes qui se croient aujourd'hui tout permis puisque le maître a ouvert la porte au tout, mais justement pas au n'importe quoi. Ses prétendus héritiers me rappellent les lacaniens ou les godardiens. La catastrophe est-elle un dénouement ? Je crains que ce soit plutôt un sac de noeuds !
Duchamp, Man Ray, Picabia, une sacrée bande de chenapans qui se fait rare. Nos aventures sont trop solitaires. Qu'est devenu l'esprit d'équipe ? Les supporters beuglant propos sexistes et nationalistes devant le poste, ah ça non ! J'ai repensé au collectif de pieds nickelés que nous formions avec Francis Gorgé et Bernard Vitet lorsque nous fondâmes Un Drame Musical Instantané en 1976. Dans une BD publiée alors pour et dans Libération, Francis s'était dessiné en Croquignol, Bernard en Ribouldingue et moi en Filochard.
L'idée était simple. En réglant la question de la signature et du fric, on réduisait les raisons de s'engueuler de 95%. Il restait la confrontation des idées politiques et certains détails techniques somme toute insignifiants. Nous avions décidé de tout cosigner quelle que soit la part de création de chacun et de partager les revenus en trois parts égales. Un Drame Musical Instantané se substitua à nos trois noms propres, manière de revendiquer l'anonymat en assumant de composer ensemble, pratique très peu usitée à cette époque reculée où les utopies pullulaient encore comme des champignons. La plupart de nos camarades estimaient qu'il était impensable d'écrire de la musique à plusieurs et ne comprirent que beaucoup plus tard de quoi il retournait. Quelques uns du moins. La collaboration qui avait commencé pour Francis et moi en 1969 ira jusqu'en 1992 et celle avec Bernard fonctionne toujours, même si ses problèmes dentaires lui interdisent de souffler désormais dans sa trompette. De temps en temps, nous nous contentons de composer ensemble quelque pièce d'orchestre, mais le Drame n'a plus de raison d'être. Trente deux ans d'entente mutuelle, c'est enviable !
Nous nous intéressions à l'objet et non à nos trois sujets. C'était la base de tout notre travail et le secret de notre entreprise. Nous pouvions nous chamailler toute la journée sur le travail en cours, mais nous tombions finalement d'accord, car l'œuvre faisait la loi. Nos egos ne nous intéressaient pas, seule la fiction nous fascinait. Voilà pour le "Drame" puisque l'unicité était déjà donnée par le titre du billet. Les autres termes de notre patronyme feront peut-être l'objet d'un prochain billet. Allez savoir...

Légendes des photos
samedi : installation de nabaz'mob / debalie / Amsterdam / photo Françoise Romand / 2007
lundi : restes de la présence française / Done Khone / Laos / photo JJB / 2008
mardi : Un d.m.i. sur la Péniche-Opéra / 20 000 lieues sous les mers / photo Philippe Monteillet / 1988