Depuis avril 2008, j'invite des personnes à converser avec moi dans cet espace que j'ai appelé tchatchhh. J'invite des personnes - que je connais ou pas - à faire l'expérience d'une conversation distanciée sans jamais savoir par avance quelle en sera la teneur. Je laisse à mon invité(e) le soin de formuler le premier mot avec le matériau de son choix. Ni lui ni moi ne savons ce qu'il advient par la suite car la conversation s'écrit au présent et se déplace en cours de route en fonction des échanges.
tchatchhh n'est pas un blog mais un espace pour la conversation qui utilise le dispositif du blog. C'est pourquoi tchatchhh est mouvant et son usage n'est pas celui qu'on attend. tchatchhh s'écrit comme se prononce et laisse place à la complexité de la langue. tchatchhh m'accompagne au quotidien comme un intrus et prend une place considérable parfois. Tout dépend de mon invité(e) et de ce qu'il a à dire. tchatchhh se débat à deux et se nourrit de conversations. La fin d’une conversation en annonce une autre et devient une toute autre expérience. Consultez le mode d'emploi ici.

mardi 22 avril 2008

vacarme

Vers minuit, ma migraine s'était intensifiée. Tout le jour, les murs et le plafond négligés du studio avaient résonné du vacarme incessant des voitures qui accéléraient sur la voie aérienne, au centre de la ville, dont l'arche passait à quinze mètres au-dessus du toit du studio, une Babel délirante et insensée de klaxons, de pneus stridents, de coups de freins et de moteurs qui ronflaient par les corridors et les cages d'escaliers jusqu'au studio du deuxième étage, emplissant l'atmosphère viciée de plomb et de rage. Épuisants, mais au moins impersonnels, ces sons, je pouvais les supporter. Au crépuscule cependant, quand la voie aérienne se calmait, ils étaient recouverts par la mystérieuse claque fantôme, les applaudissements venus de nulle part et qui, de l'obscurité environnante, s'abattaient sur la scène.

premières phrases ou comment commencer

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumière ; je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour particulier ; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil ; elle ne choquait pas ma raison, mais pesait comme des écailles sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n'était plus allumé.